
Au
tournant de ce siècle les étudiants de la Sorbonne font de la
gymnastique sur cet emplacement. La société Omnia-Pathé en décide
autrement et
transforme le gymnase en salle de cinéma de 315
places dès février 1907 sous le nom d'Omnia-Pathé Victor Cousin,
puis de Cinéma du Panthéon.
Dans son récit autobiographique
Les Mots,
Jean-Paul Sartre y relate une de ses premières
expériences cinématographiques en 1912, il a alors sept ans :
"Mon grand-père paraissait à la porte de son bureau et demandait 'où
allez-vous les enfants ?' '- Au Cinéma du Panthéon, c'est tout à
côté', disait ma mère... Le spectacle était commencé. Nous suivions
l'ouvreuse en trébuchant, je me sentais clandestin ; au-dessus de
nos têtes, un faisceau de lumière blanche traversait la salle, on y
voyait danser des poussières, des fumées ; un piano hennissait... Je
raclais mon dos à des genoux, je m'asseyais sur un siège grinçant,
ma mère glissait une couverture pliée sous mes fesses pour me
hausser; enfin je regardais l'écran... Dans l'inconfort égalitaire
des salles de quartier, j'avais appris que ce nouvel art était à
moi, comme à tous."
En 1930 un jeune producteur français,
Pierre Braunberger, se retrouve à la tête de la salle. Nul ne
savait que leurs destinées allaient être liées pendant soixante ans.
A peine arrivé, le nouveau directeur fait installer un appareil
Western Electric de reproduction du son, et transforme le Cinéma du
Panthéon en une salle moderne de 450 places. C'est lui le premier à
diffuser des films étrangers en version originale, alors que les
sous-titres ne sont pas encore inventés. Ainsi, la colonie
anglo-américaine de Paris a la possibilité de voir immédiatement les
films de New York ou de Londres. En mai 1930, le nouveau cinéma est
inauguré avec
Love Parade d'Ernst Lubitsch dans lequel
Maurice Chevalier joue et chante en version anglaise intégrale.
Pierre Braunberger est un découvreur de talents. Il donne leurs
premières chances aux cinéastes de la nouvelle vague comme Truffaut,
Lelouch ou Resnais. Le Cinéma du Panthéon est le reflet de son
travail. Voilà pourquoi on peut y découvrir tout ce que le cinéma de
qualité et d'avant-garde a de mieux.
Pierre Braunberger
disparaît en 1990. Quelques mois plus tard, la salle prend un
nouveau départ. Totalement rénovée,
elle est baptisée Europa
Panthéon et devient le premier lieu en Europe à se consacrer
exclusivement au cinéma européen. Comme il est dit lors de sa
réouverture en septembre 1991, "cette salle entre par la grande
porte dans le Panthéon européen du cinéma". En novembre 1998, le
réseau de salles art et essai Diagonal Cinémas lui ajoute un nouvel
adjectif.